
Imaginez que vous êtes un Robinson Crusöé isolé sur une île déserte : quelle devrait être la taille de votre île (terre, lagon et mer accessible compris) pour vous permettre de vivre en autarcie de façon durable et répondre à vos besoins en nourriture, chauffage, matériaux de construction, air pur, eau potable, absorption de déchets ?
Cette surface représente l'empreinte écologique de notre Robinson Crusoé. On comprend intuitivement que si le mode de vie de notre naufragé exerce une pression trop forte sur son île (s'il fait par exemple des grands feux de camp tous les soirs pour tromper sa solitude), c'est-à-dire si son empreinte écologique est supérieure à la taille de son île, sa survie risque d'être compromise à plus ou moins long terme...
A l'échelle d'une personne, l'empreinte écologique est une estimation de la superficie nécessaire pour répondre à l'ensemble de vos besoins en ressources naturelles.
Là où nous laissons notre empreinte...
* Domestique : chauffer une maison mal isolée, utiliser beaucoup d'eau (en laissant par exemple un robinet couler pendant le lavage des dents) alourdit non seulement la facture mais aussi l'empreinte
* Transports : nous aurions droit à un trajet en avion tous les 5 ans ! Si l'automobile et l'avion sont responsables d'émission de CO2, le train possède aussi une faible empreinte puisqu'il fonctionne à l'électricité... fournie par des centrales
* Alimentation : manger beaucoup de viande signifie demander plus de terres agricoles (un élevage nécessite 4 fois plus de surface qu'un champ pour le même apport alimentaire)
Calculer l'empreinte écologique
Quelques chiffres
La terre possède 11,3 milliards d'hectares de surfaces biologiquement productives, comprenant des terres et des surfaces d'eau. En prenant une population de 6 milliards d'hommes, il y a sur terre 1,8 hectares globaux disponibles par personne de terres et de mers biologiquement productives. Cette surface va diminuer au fur et à mesure que la population augmente. Quand l'empreinte par personne est supérieure à 1,8 hectares, on parle de déficit écologique.
L'empreinte écologique moyenne est évaluée 13,5 milliards d'hectares globaux, soit 2,2 hectares globaux par personne. Il y a un dépassement de 21% par rapport à l'espace disponible. Les activités humaines consomment donc largement plus que la capacité de régénération de la planète. Depuis les années 1960, l'empreinte écologique n'a pas cessé d'augmenter. Les pays riches sont aussi ceux qui ont les plus grands déficits écologiques donc des pauvres politiques en rapport au développement durable.
Quelques valeurs d'empreinte écologique par continent ou pays :
* Émirats arabes unis : 9,9 hectares par personne
* États-Unis : 9,5 hectares par personne
* Canada : 6,4 hectares par personne
* France : 5,8 hectares par personne
* Royaume Uni : 5,4 hectares par personne
* Suisse : 5,2 hectares par personne
* Belgique/Luxembourg : 4,9 hectares par personne
* Allemagne : 4,8 hectares par personne
* Chine : 1,5 hectare par personne
* Afrique : 1,2 hectare par personne
* Inde : 0,8 hectare par personne
* Somalie : 0,4 hectare par personne
Source des données chiffrées : rapport planète vivante 2004 du WWF
Une valeur en hectares n'est pas très parlante. Aussi les résultats de l'empreinte écologique mentionnent souvent le nombre de planètes Terre nécessaires si tous les humains avaient le même mode de vie que la personne dont on détermine l'empreinte. Par exemple, nous vivons aujourd'hui comme si nous avions 1,21 planète à notre disposition.
Trois-quarts de la population mondiale vit dans un pays écologiquement débiteur
Cette tendance à la hausse de l'empreinte écologique globale s'observe dans la plupart des pays de l'OCDE. À l'échelle d'un pays, l'empreinte écologique mesure la surface biologiquement productive de terre et de mer nécessaire pour fournir les ressources consommées par le pays et absorber les déchets qu'il produit. Les Emirats Arabes Unis, les Etats-Unis d'Amérique, le Kowéit, le Danemark et l'Australie sont les pays dont l'empreinte écologique par habitants est la plus élevée. Certains de ces pays ont toutefois une biocapacité nationale importante qui ne les place pas parmi les états les plus critiques. C'est le cas des Etats-Unis et de l'Australie qui avec le Brésil, la Chine, l'Inde, le Canada et l'Argentine représentent plus de la moitié de la biocapacité de la planète.
À l'inverse le Bangladesh, le Congo, Haïti, l'Afghanistan et le Malawi sont les pays ayant le moins d'impacts et seuls les pays de l'Europe non membres de l'UE, l'Afrique et l'Amérique latine respectent leur biocapacité.
Selon le rapport du WWF, les pays d'Europe occidentale sont quant à eux tous des pays « débiteurs » et certains ont une empreinte écologique de 150% supérieurs à leur biocapacité : c'est le cas de la Grèce, du Royaume-Uni, de l'Italie ou encore de l'Espagne. L'Allemagne est dans une situation similaire mais son empreinte écologique diminue de manière régulière depuis le début des années 80.
L'empreinte écologique de la France excède de 62 % sa biocapacité
Concernant la France, si la situation est moins critique que pour ses voisins européens, le rapport du WWF révèle que le pays a augmenté son empreinte écologique de 85% entre 1961 et 2005. Cette hausse s'expliquerait par l'augmentation de l'empreinte carbone et de l'empreinte des terrains bâtis. Autrement dit la surface nécessaire pour absorber les émissions de CO2 du pays et celle occupée par les bâtiments et les routes a fortement augmenté depuis 1961. En 2005, chaque Français utilisait les ressources provenant de 4,9 hectares de terre et de mer. Mais ces ressources sont limitées et dans le cas de la France, la biocapacité du pays est estimée à 3 ha par personne. Résultat, l'empreinte écologique de la France excède de 62 % sa biocapacité et ce malgré la prise en compte des forêts de Guyane française !
Toutefois, depuis 1980 l'empreinte écologique du pays a tendance à se stabiliser alors que le PIB augmente toujours.
Réduire l'empreinte écologique
Au niveau mondial, les mesures qui permettraient de diminuer l'empreinte écologique mondiale sont la préservation de la biodiversité, la diminution de la population mondiale, la diminution de la consommation et la meilleure gestion des ressources naturelles.
Quelques pistes pour essayer de réduire son empreinte environnementale à titre individuel :
* Cuisiner plutôt que d'acheter des plats préparés
* Manger moins de viande ou encore devenir végétarien
* Manger des produits locaux et de saison
* Privilégier les transports en commun, le covoiturage, la marche et le vélo pour se déplacer
* Diminuer les voyages en avion, en particulier les longs trajets en avion pour des courts séjours
* Réduire l'utilisation de la voiture, par exemple pour les petits trajets
* Choisir une voiture qui consomme peu de carburant et bien l'entretenir
* Utiliser des énergies renouvelables
* Choisir un logement dont la taille corresponde au nombre d'occupants
* Bien isoler son logement
* Économiser l'eau et l'énergie
* Refuser le gaspillage sous toutes ses formes
* Consommer "durable" : éviter d'acheter des produits inutiles, jetables ou polluants. S'intéresser à l'agriculture biologique, aux écolabels, aux produits de seconde main et aux produits fabriqués localement.