La Porte Noire

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23/11/08 admin 1800 ans d’histoire au coeur de la cité. Erigé vers 175 après JC en l’honneur de l’empereur Marc Aurèle.

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Cet arc de triomphe gallo-romain se caractérise par un très riche décor sculpté. Ses colonnes sont ornées de motifs végétaux, de scènes de légende (mythologie) et de scènes de combat.

Le monument qui fut érigé, au Haut Empire, à l’extrémité sud de la ville, au
point de départ -ou d’arrivée- de la route primordiale, d’intérêt majeur, qui reliait Rome à Vesontio n’entre pas dans la catégorie des portes de ville, au sens précis, urbanistique, du terme. Il faisait partie, en effet, de la grande série des monuments honorifiques appelés souvent « arcs de triomphe », élevés à la gloire d’un empereur, en signe d’hommage et de gratitude, en raison d’une politique ou d’une action faste et bénéfique pour une ville, une région.

Construit en pierre locale, extrêmement décoré, l’arc était à l’origine rehaussé
de couleurs vives. Devant le danger grandissant, l’insécurité des temps au IIIe siècle de notre ère, la ville de Besançon se protégea par un rempart fermant la boucle du Doubs et réutilisant, dans la hâte, des blocs du Haut-Empire. La population s’abrita sur les pentes de la citadelle. Dès lors, le destin de la Porte Noire évolua. Au Bas-Empire l’arc, en effet, commença à jouer apparemment le rôle de porte de ville, dans cette muraille tardive, qui, établie au niveau du monument est archéologiquement mal connue et dont aucun tronçon n’apparaît dans le quartier de Saint-Jean. D’honorifique, la Porte Noire revêtit un caractère défensif.

LE MESSAGE

Le message Si certains éléments du décor de l’arc (frises d’armes, reliefs « historiques », Victoires) appartiennent au vocabulaire courant, de règle dans la plastique triomphale et donc sont adaptés à la fonction d’un monument du type de celui de la Porte Noire, force est de constater que la quasi-totalité de l’ornementation des parois ne relève pas du registre militaire mais de celui de la religion et de la mythologie gréco-romaines. À cet égard, il convient de souligner qu’aucun monument de l’Empire romain ne présente un répertoire de ce type utilisé avec une telle richesse. Plus qu’insolite et déroutant au premier regard, celui-ci est au service d’un message adressé aux Séquanes.

La présence de Vénus, Mars, des Dioscures, des Victoires célébrant le
triomphe de Jupiter, sur la façade nord tournée vers Vesontio, exalte en fait
Rome, les deux empereurs (Dioscures), qui pour la première fois dans l’Empire
ont régné ensemble, le rôle majeur qui revient à Marc Aurèle dans le maintien
de la paix, à l’instar de Jupiter vainqueur des Géants menaçants, fauteurs de
troubles dans le monde des dieux. Un parallélisme est établi entre le monde des
dieux et des hommes.

Pour mieux comprendre le message délivré par la sculpture de l’arc, il est
important de fixer son attention à l’emplacement des divinités traitées en hautrelief.

Les dieux protecteurs, fondamentaux, regardent Vesontio. Ils sont
campés sur la façade nord, vers l’intérieur de la ville, capitale de la Séquanie.

L’évocation de la félicité et de l’Olympe est réservée aux autres faces extérieures du monument, prioritairement à la façade sud qui regarde Rome. L’étude de chacune des saynètes, traitées en bas-relief, montre que la mythologie hellénique a offert son répertoire infini pour faire passer auprès des Séquanes un message fort, de morale politique, de soumission, de respect de l’ordre établi par Rome, cela, au lendemain des troubles dans lesquels s’étaient égarés les Séquanes.

L’étude, là-encore, de la répartition des scènes sur les différentes parois de l’arc en fonction de leur signification est instructive. On constate que les tableaux qui illustrent les châtiments d’impies mythiques et les dangers que certains êtres monstrueux ou humains font courir au monde sont nombreux sur la façade nord et dans le passage. Inversement ceux qui évoquent la félicité personnelle ou universelle sous de multiples facettes (paix, prospérité, apothéose, monde bacchique, Olympe...) se trouvent majoritairement sur les parois autres que la façade nord.

Puisant des scènes déterminantes dans des cycles légendaires différents, les
responsables du programme iconographique de la Porte Noire ont voulu
montrer, par la diversité des cas envisagés, la constante qui se dégage de ces
innombrables tableaux. Ceux-ci constituent autant d’exemples, qui dans leur
désordre apparemment incohérent, ne relèvent pas d’une fantaisie ou d’un
besoin maladif de surcharge décorative mais de la volonté politique de lancer à
notre région un solennel avertissement. Dans leur variété, ils présentent une
unité, ils illustrent tous, en effet, une loi universelle et éternelle qui régit le monde des dieux et celui des hommes, de la création, l’organisation de l’univers à la période la plus contemporaine de l’histoire locale. Celle-ci peut être formulée de la manière suivante : la Pietas et la Virtus procurent la Felicitas. Le concept de Pietas est plus vaste que celui de piété. La Pietas est la qualité de celui qui s’acquitte de tous ses devoirs envers les dieux et les hommes. Elle est fondée sur la connaissance de limites humaines, sur le respect de la suprématie des dieux, l’ordre, instauré par Jupiter. Envers les hommes, pietas est teintée de philantropie, d’amour, d’indulgence et de clémence. À cela correspond l’attitude de certains héros représentés, la philosophie de Marc Aurèle, sa haine de la guerre, sa faculté d’accorder sa clémence. (D’où la très belle scène du passage !).

Virtus (au service de pietas) relève, là-encore, d’un concept antique plus vaste
que celui de vertu, car il englobe la notion de courage, de force, de ténacité, de valeur, d’engagement indéfectible au service de la noble cause. Virtus est
illustrée par les combats de certains héros, par la vaillance des soldats romains.

Ces deux qualités procurent la Felicitas : félicité pour l’individu et pour le
monde. La félicité résulte d’abord et toujours de la défaite des forces du mal
(d’où l’évocation de la victoire soit par l’allégorie de Victoria (trois fois), soit par l’issue des combats mythologiques et humains, par les feuilles de laurier.

Elle conduit à la divinisation de l’individu, l’apothéose (des héros, de Verus
en Dioscure). Elle assure au monde la joie, le bonheur, le plaisir, la culture,
la civilisation, la paix, la sécurité, la prospérité, l’abondance, la fertilité...

À la traduction de cette idée correspond la présence de Bacchus et de tout
le monde bacchique, Tutéla, les rinceaux opulents, les Amours, le ciel de
bonheur de la voûte.

L’inflexibilité de la loi se vérifie par la démonstration des effets contraires :l’impiété engendre toujours le malheur.
L’impiété est un vice qui s’extériorise par un comportement fait d’arrogance,
d’audace, d’orgueil, de démesure, de brutalité et d’irréflexion. Elle s’exerce à
l’égard des dieux et des hommes. Elle est un fléau pour le monde. Elle entraîne
l’erreur, la faute, le malheur de l’impie : châtiment, défaite, folie, torture
éternelle, mort (par exemple des Barbares, des Géants, de Prométhée, d’Atlas,
Ajax, Actéon...) mais aussi celui d’être innocents, victimes de l’impiété, par
exemple de leurs parents (Andromède, Hésione, femme et fille du Germain...).
Incontestablement la félicité est dans la direction de Rome et donc illustrée
particulièrement sur la façade sud. On voit combien cette démonstration évidente
par l’image, très antonine encore par son contenu, au service de la propagande
impériale, grâce à l’analogie des mondes divin et humain, adresse une terrible mise en garde aux fauteurs de troubles qui viennent de sévir dans la région.
Le décor de la Porte Noire, unique dans le monde romain, ne relève pas
d’un discours traditionnel, il est spécifique et parfaitement adapté à l’histoire de la Séquanie, qui, à un moment donné -entre 172 et 175 après Jésus-Christnécessita le recours à l’empereur philosophe dont l’intervention personnelle permit de rétablir la paix locale.
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